Sur les dizaines, centaines, milliers peut-être d’hommes politiques occidentaux qui ont reçu Tarek Aziz [1]

- Avec Alain Juppé Premier ministre
, parfois flatté, parfois sollicité, personne apparemment ne se soucie de son sort ou du moins ne octobre manifeste publiquement une ombre d’interrogation
. Nicolas Sarkozy, interrogé en janvier 1995 sur la visite à Paris de Tarek Aziz – c’est-à-dire après les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés – avait déclaré que la France avait le droit « de recevoir qui elle veut, quand elle veut ». Lionel Jospin, Alain Juppé, Charles Pasqua, l’ont reçu. Il s’était même entretenu discrètement avec le Président Chirac. Que sont tous ses amis devenus ?
L’appel lancé en mai 2003 pour la libération de Tarek Aziz par les Amitiés franco-irakiennes, relancé en 2005 par le parlementaire britannique George Galloway a réuni plus de 250 signatures [2] est demeuré sans effet. Certains « amis » comme Roselyne Bachelot qui présidait le Groupe d’Études France-Irak à l’Assemblée nationale sont aujourd’hui au pouvoir et bien silencieux. [3].
Il a été reçu dans les palais nationaux : tapis rouge, huissiers empressés, attachés de cabinets affairés, virevoltant devant, derrière. Dans les salons s’entassaient les hauts fonctionnaires, cous tendus, oreilles écartées, doigts fébriles sur le carnet de notes où se griffonnaient au vol les échanges louangeurs. Il était reçu aux Nations Unies. Le Secrétaire Général, les délégués, hors l’américain et le britannique, croisaient les doigts : pourvu qu’il acceptât de venir, de s’asseoir, de discuter.

- La pendaison de Saddam Hussein, une vilénie
- Ceux qui font confiance aux nord-américains le payent un jour ou l’autre. C’est un assassinat politique dont il a été victime car il croyait en la parole donnée, celle des États-Unis, celle aussi de la France qui a fait tant « d’affaires » avec lui...
Ce monde occidental hypocrite, il nous rebat les oreilles depuis plus de cinquante ans avec la démocratie, les droits de l’homme, la justice indépendante, le voilà qui se tait quand un homme malade est mis au secret pendant plus de sept ans, puis jugé, et condamné à mort sur une accusation dont les Occidentaux savent bien qu’elle est falsifiée et mensongère, au même titre que les armes de destruction massive. Ce n’est pas Tarek Aziz qui mérite de se tenir dans le box des accusés, mais tous les individus du groupe qui - avant et après - ont été complices de l’occupation américaine et lui ont fourni une couverture légale pour tuer un million et demi d’Irakiens innocents, en déplacer cinq millions d’autres, faire des Irakiens qui restent un champ d’expérimentation pour différentes armes de destruction américaines et les priver des services élémentaires.
Tarek Aziz n’a pas comploté avec les ennemis pour livrer le territoire de son pays à l’invasion, il ne l’a pas transformé en fosse commune, ce n’est pas grâce à lui que l’Irak figure au premier rang des pays les plus corrompus au monde. Il n’a ni pillé ni participé au pillage de 84 milliards de USD grâce auxquels les personnalités de l’Irak nouveau et leurs familles se prélassent dans les capitales européennes. Le problème de Tarek Aziz, c’est que c’est un homme exemplaire pour sa loyauté envers sa patrie : il a refusé de fuir et de s’exiler vers un lieu sûr, alors qu’il le pouvait et y était invité, comme il a refusé toutes les offres et les incitations à coopérer avec l’occupation, contre son Président, ses compagnons et sa famille ; il a refusé de renier ses valeurs, ses principes et sa morale, et a préféré rester derrière les barreaux, endurant la maladie, l’enfermement et les outrages des geôliers américains, plutôt que d’être remis en liberté, déshonoré par une accusation de trahison et de complot.
Curieusement, ceux qui parlent de tribunaux justes et de loi souveraine, n’ont engagé de poursuite contre aucun des meurtriers qui ont coupé les têtes, les ont trouées à la perceuse, ou contre ceux qui ont volé l’argent public, ou transformé les sous-sols du Ministère de l’Intérieur en cellules de tortures et de mises à mort. Leur justice est truquée, confessionnelle, politique, elle est au service de l’occupation et des dirigeants qui collaborent avec l’occupation.
Tarek Aziz appartient à une autre époque, à un autre Irak, l’Irak noble, authentique, indépendant, l’Irak non confessionnel, où coexistent différentes croyances et ethnies [4], l’Irak du temps où les Irakiens dormaient les portes grandes ouvertes. Dans cet Irak, le peuple recevait de façon égalitaire sa ration alimentaire au début de chaque mois, sans diminution ni retard, en dépit du blocus féroce ; dans cet Irak, les maisons étaient abondamment fournies en eau et en électricité, les services de base étaient assurés et, dans les morgues des hôpitaux, il n’y avait pas autant de cadavres non identifiés et défigurés par la torture, malgré la cruauté de Saddam.
