Objurgation contre la tyrannie
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Après sa condamnation à la pendaison

Les amis de Tarek Aziz

Que sont-ils devenus ?

samedi 30 octobre 2010, par Abirato

Cet homme est aujourd’hui un condamné à mort.
Que lui reproche-t-on ? Quel crime a-t-il réellement commis ?

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Tarek Aziz avec Jean-Paul II
Cette condamnation va donner un vernis justificatif aux persécutions anti-chrétiennes en Irak, cela juste après le Synode des Églises du Moyen-Orient.

Sur les dizaines, centaines, milliers peut-être d’hommes politiques occidentaux qui ont reçu Tarek Aziz [1]

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Avec Alain Juppé Premier ministre

, parfois flatté, parfois sollicité, personne apparemment ne se soucie de son sort ou du moins ne octobre manifeste publiquement une ombre d’interrogation . Nicolas Sarkozy, interrogé en janvier 1995 sur la visite à Paris de Tarek Aziz – c’est-à-dire après les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés – avait déclaré que la France avait le droit « de recevoir qui elle veut, quand elle veut ». Lionel Jospin, Alain Juppé, Charles Pasqua, l’ont reçu. Il s’était même entretenu discrètement avec le Président Chirac. Que sont tous ses amis devenus ?
L’appel lancé en mai 2003 pour la libération de Tarek Aziz par les Amitiés franco-irakiennes, relancé en 2005 par le parlementaire britannique George Galloway a réuni plus de 250 signatures [2] est demeuré sans effet. Certains « amis » comme Roselyne Bachelot qui présidait le Groupe d’Études France-Irak à l’Assemblée nationale sont aujourd’hui au pouvoir et bien silencieux. [3].

Il a été reçu dans les palais nationaux : tapis rouge, huissiers empressés, attachés de cabinets affairés, virevoltant devant, derrière. Dans les salons s’entassaient les hauts fonctionnaires, cous tendus, oreilles écartées, doigts fébriles sur le carnet de notes où se griffonnaient au vol les échanges louangeurs. Il était reçu aux Nations Unies. Le Secrétaire Général, les délégués, hors l’américain et le britannique, croisaient les doigts : pourvu qu’il acceptât de venir, de s’asseoir, de discuter.

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La pendaison de Saddam Hussein, une vilénie
Ceux qui font confiance aux nord-américains le payent un jour ou l’autre. C’est un assassinat politique dont il a été victime car il croyait en la parole donnée, celle des États-Unis, celle aussi de la France qui a fait tant « d’affaires » avec lui...

Ce monde occidental hypocrite, il nous rebat les oreilles depuis plus de cinquante ans avec la démocratie, les droits de l’homme, la justice indépendante, le voilà qui se tait quand un homme malade est mis au secret pendant plus de sept ans, puis jugé, et condamné à mort sur une accusation dont les Occidentaux savent bien qu’elle est falsifiée et mensongère, au même titre que les armes de destruction massive. Ce n’est pas Tarek Aziz qui mérite de se tenir dans le box des accusés, mais tous les individus du groupe qui - avant et après - ont été complices de l’occupation américaine et lui ont fourni une couverture légale pour tuer un million et demi d’Irakiens innocents, en déplacer cinq millions d’autres, faire des Irakiens qui restent un champ d’expérimentation pour différentes armes de destruction américaines et les priver des services élémentaires.

Tarek Aziz n’a pas comploté avec les ennemis pour livrer le territoire de son pays à l’invasion, il ne l’a pas transformé en fosse commune, ce n’est pas grâce à lui que l’Irak figure au premier rang des pays les plus corrompus au monde. Il n’a ni pillé ni participé au pillage de 84 milliards de USD grâce auxquels les personnalités de l’Irak nouveau et leurs familles se prélassent dans les capitales européennes. Le problème de Tarek Aziz, c’est que c’est un homme exemplaire pour sa loyauté envers sa patrie : il a refusé de fuir et de s’exiler vers un lieu sûr, alors qu’il le pouvait et y était invité, comme il a refusé toutes les offres et les incitations à coopérer avec l’occupation, contre son Président, ses compagnons et sa famille ; il a refusé de renier ses valeurs, ses principes et sa morale, et a préféré rester derrière les barreaux, endurant la maladie, l’enfermement et les outrages des geôliers américains, plutôt que d’être remis en liberté, déshonoré par une accusation de trahison et de complot.

Curieusement, ceux qui parlent de tribunaux justes et de loi souveraine, n’ont engagé de poursuite contre aucun des meurtriers qui ont coupé les têtes, les ont trouées à la perceuse, ou contre ceux qui ont volé l’argent public, ou transformé les sous-sols du Ministère de l’Intérieur en cellules de tortures et de mises à mort. Leur justice est truquée, confessionnelle, politique, elle est au service de l’occupation et des dirigeants qui collaborent avec l’occupation.

Tarek Aziz appartient à une autre époque, à un autre Irak, l’Irak noble, authentique, indépendant, l’Irak non confessionnel, où coexistent différentes croyances et ethnies [4], l’Irak du temps où les Irakiens dormaient les portes grandes ouvertes. Dans cet Irak, le peuple recevait de façon égalitaire sa ration alimentaire au début de chaque mois, sans diminution ni retard, en dépit du blocus féroce ; dans cet Irak, les maisons étaient abondamment fournies en eau et en électricité, les services de base étaient assurés et, dans les morgues des hôpitaux, il n’y avait pas autant de cadavres non identifiés et défigurés par la torture, malgré la cruauté de Saddam.

Notes

[1] Tarek Aziz, né Mikhaïl Johanna en 1936 à Mossoul, dans une famille de l’Église catholique chaldéenne.

Après avoir travaillé comme journaliste, il devient ministre de l’information en 1974 puis Vice-Premier ministre de 1979 à 1983. De 1983 à 1991, il est ministre des Affaires Étrangères et est, de ce fait, le principal négociateur irakien durant la crise politique qui suit l’occupation du Koweït. En mars 1991, il redevient Vice-Premier ministre, Saddam Hussein assurant lui-même la fonction de Premier ministre depuis mai 1994. Tarek Aziz se rend aux forces américaines le 24 avril 2003, alors que les opérations militaires ne seront officiellement déclarées « terminées » par le président Georges W. Bush que le 1er mai.
En 2008 il a comparu à Bagdad devant le Haut tribunal pénal irakien pour son rôle présumé dans l’exécution de 42 commerçants dans la capitale en 1992. Le 11 mars 2009, il est reconnu coupable de cette exécution et condamné à quinze ans de réclusion.
Début juillet 2010, Tarek Aziz, jusqu’alors détenu par les Américains est livré aux Irakiens, ce qui constitue une violation de la charte de la Croix-Rouge qui interdit qu’un prisonnier soit extradé vers ses ennemis. Tarek Aziz a déclaré à son avocat que «  Obama n’est pas différent de Bush, il participera à nos exécutions de manière indirecte  ». Les Américains, véritables initiateurs du procès, ne lui pardonnent pas d’avoir refusé de témoigner contre Saddam Hussein - y compris en échange de sa libération - et son intervention en faveur du Président irakien et des autres accusés au procès. Washington a toujours craint les révélations qu’il pourrait faire sur les dessous de la politique moyen-orientale américaine du temps de Reagan et au début du mandat de Bush père. Il peut évoquer le scandale étouffé de la BCCI, ou l’Iraqgate avec le détournement de subventions agricoles pour vendre des produits chimiques à double emploi, ou encore le versement de commissions aux partis Républicain et Démocrate lors d’achats massifs de blé !
À son sujet, Hans-Christof von Sponeck, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, a déclaré :

« [...] j’ai connu M. Tarek Aziz. Mon prédécesseur et moi-même le considérions comme une personne avec laquelle nous avions une relation cordiale, comme une personne qui — malgré ce que l’on en a dit dans les principaux journaux — essayait de s’occuper du peuple irakien. Une personne donc disponible et disposée à prendre en considération des propositions visant à apporter des améliorations au programme d’assistance humanitaire. De notre point de vue, de mon point de vue, c’était une personne correcte. Je ne peux pas juger de ce que M. Tarek Aziz a fait en Irak en dehors de mon domaine de responsabilité mais, tout ce que je demande, est qu’une personne malade, ne serait-ce que pour des raisons humanitaires, soit traitée dignement [...] et [puisse] bénéficier d’un procès équitable. M. Tarek Aziz avait droit, et a droit — tout comme Saddam Hussein du reste — à être traité conformément au droit international, conformément aux conventions de la Haye et de Genève. Je m’élève contre le fait que, trois ans après qu’il s’est volontairement livré aux forces d’occupation, il n’ait pas encore été inculpé [...]  »
Le 2 août 2009, la Haute cour pénale d’Irak l’a condamné à sept ans de prison pour « son rôle dans les exactions contre les Kurdes de confession chiite dans les années 1980 ».
En 2010, il est jugé une nouvelle fois, pour son rôle dans la répression contre la communauté chiite dans les années 1980. La Haute cour pénale irakienne le condamne à mort le 26 octobre 2010

[2] notamment celles de Jean-Pierre Chevènement et du Président Ahmed Ben Bella

[3] Le 27 octobre 2010, le P.Federico Lombardi, SJ, Directeur de la Salle-de-Presse du Saint-Siège, a rappelé que « la position de l’Église catholique sur la peine de mort est bien connue. Le Saint-Siège espère donc que la sentence prononcée contre M.Tarek Aziz ne soit pas exécutée, ce qui favoriserait la réconciliation et le rétablissement de la paix et de la justice en Irak, après tant d’épreuves. Quant à une possible intervention humanitaire, le Saint-Siège a pour habitude d’agir par les voies diplomatiques dont il dispose ».
Amnesty International a demandé le 26 octobre aux autorités irakiennes de se garder d’exécuter l’ancien ministre des Affaires étrangères Tarek Aziz et deux autres anciens hauts responsables condamnés à la peine capitale par un tribunal de Bagdad. Tarek Aziz, Sadoun Shakir, ancien ministre de l’Intérieur sous Saddam Hussein, et Abed Hamoud, qui était le secrétaire personnel du dictateur exécuté en 2006, ont été déclarés coupables par le Haut Tribunal pénal irakien d’avoir participé à l’homicide de militants de l’opposition. Tous trois ont nié ces accusations.
L’ONU a demandé à l’Irak que l’ancien ministre du dictateur irakien Saddam Hussein ne soit pas exécuté malgré sa condamnation à mort, a annoncé mercredi le porte-parole du chef des Nations unies Ban Ki-moon.
Après la condamnation à mort, l’Union européenne entend entreprendre des démarches auprès des autorités irakiennes pour rappeler son opposition à la peine de mort, selon une source diplomatique à Bruxelles.
Les parlementaires russes qui ont dénoncé mercredi cette condamnation à mort vont appeler « la communauté internationale et les parlementaires d’Europe et des États-Unis à empêcher l’assassinat » de M. Aziz« . » Ce qui s’est passé en Irak, c’est l’élimination d’un témoin et un règlement de comptes entre différentes confessions, mais ce n’est pas la victoire de la justice", a déclaré Mikhaïl Marguelov, chef du comité des affaires étrangères du Conseil de fédération, cité par Interfax.

[4] Les faits montrent que l’invasion de l’Irak a débouché sur des conflits confessionnels et ethniques inextricables. Ils montrent aussi que les chrétiens furent les premières victimes de ces conflits. Le chaos qui a englouti l’État national irakien a d’abord frappé la communauté chrétienne. Ce chaos a été un désastre pour tous les Arabes irakiens de toutes les confessions. Seuls les Kurdes, pour des raisons géographiques et grâce à leurs traditions politico-militaires ont échappé à ce chaos.

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