Des prostituées disparues ou torturées à Marseille en novembre, une
prostituée assassinée à Paris en octobre… Ces violences extrêmes sont
présentées par la presse comme des faits divers exceptionnels,
perpétrés par quelques « malades » ou « déséquilibrés ». De fait, cette
présentation occulte une réalité préoccupante : les personnes
prostituées sont exposées quotidiennement à des violences de toutes
sortes parce qu’elles sont femmes, parce qu’elles sont migrantes, parce
qu’elles vendent des services sexuels. Discriminations, insultes
sexistes et racistes, coups, vols, détérioration de camionnettes,
viols, tentatives de meurtre, la liste est longue et les agresseurs ne
sont pas toujours ceux qu’on croit. Si certains sont des clients de la
prostitution, d’autres sont de simples passants, ou bien des riverains
qui ne tolèrent pas la présence des prostituées dans un quartier qu’ils
considèrent comme le leur.
Les risques du métier ?
Considérées
comme des « risques du métier », ces violences sont encore trop peu
prises en compte par les services de police et de justice. Trop
souvent, les plaintes ne sont pas enregistrées par les agents de
police, et lorsqu’elles le sont, c’est l’administration judiciaire qui
ne poursuit pas l’instruction. Les travailleuses du sexe hésitent donc
à se lancer dans de telles démarches, craignant de se voir ainsi dénier
l’accès à un de leurs droits fondamentaux. Certaines d’entre elles, en
situation irrégulière, n’imaginent même pas avoir le droit de déposer
plainte. Ainsi, les agresseurs semblent partager un sentiment
d’impunité qui, loin d’être le fruit du hasard, est créé par le climat
politique et social qui règne en France autour des questions de
prostitution ou de migration.
En effet, de multiples violences
institutionnelles s’exercent contre les travailleuses du sexe :
— Au niveau national, la Loi pour la Sécurité Intérieure pénalise le racolage passif de 2 mois de prison et 3 750 euros d’amende, criminalisant les personnes prostituées, qui sont constamment harcelées par la police et subissent des gardes à vue répétées. Par ailleurs, les lois relatives à l’immigration rendent encore plus difficiles les conditions de vie des travailleuses du sexe migrantes : contrôles d’identité, arrestations, rétention, expulsions, avec leur cortège de violences policières et d’humiliations.
— Au niveau local, les politiques préfectorales et municipales surenchérissent pour créer un contexte particulièrement répressif envers les travailleuses du sexe, prenant pour prétexte, le plus souvent, le stationnement de leurs camionnettes. Ainsi se multiplient les contraventions, les opérations de mise en fourrière, les arrêtés municipaux interdisant le stationnement, avec l’omniprésence zélée des forces de police. Les personnes prostituées sont indésirables en ville, indésirables dans les quartiers réhabilités, indésirables dans les quartiers populaires et sont poussées toujours plus loin, au bord des nationales de campagne, dans des endroits de plus en plus isolés, où elles sont alors des cibles faciles pour les agresseurs.Dans ce climat de répression, Cabiria appelle à un rassemblement en solidarité avec les travailleuses du sexe, Mercredi 17 décembre 2008, à 17h30, place des Terreaux.
Nous demandons :
Que les plaintes déposées par les personnes prostituées soient prises au sérieux par les services de police,
L’abrogation de l’article sur le racolage passif, la suppression des arrêtés municipaux et de toutes les mesures politiques et institutionnelles qui favorisent la stigmatisation et la criminalisation des travailleuses du sexe.
Rebellyon, 15 décembre 2008.
